BREST-MENTON
en 1935
par Louis COINTEPAS
Compte rendu paru dans le Cycliste
A Pâques 1930, Grillot-Coiffier
réalisent
le premier Brest-Menton en 120 heures, retardés par la pluie.
A Pâques 1932, le tandem Oudart
part
de Brest et s’arrête en Avignon, contrarié par le
mauvais
temps.
Il a fallu attendre plus de cinq ans
pour
que l'exploit du tandem Grillot, soit battu. C'est assez
préciser
la difficulté de la tâche à laquelle trop peu de
randonneurs
ont osé s'atteler. C'est qu'il y avait l'attrait des autres
diagonales,
moins longues et encore vierges. Mais Brest-Menton est la plus belle de
toutes,
celle qui va de bout en bout, la plus longue route de France, partant
du
fond de la Bretagne, traversant des provinces, ô combien
différentes,
pour aboutir à ce joyau qu'est la Riviera.
La réussite d'un tel raid nécessite un faisceau de
conditions favorable: d'abord un cycliste entraîné,
animé de la volonté,
du désir de vaincre la route et les éléments, mais
non
pas un surhomme. Ensuite une machine légère, très
rigide,
très roulante, assez confortable, dont je donnerai un
aperçu a la fin de cette relation. Enfin du beau temps et un
vent favorable. L'époque de la pleine lune me semble la plus
favorable, permettant de rouler la nuit sans éclairage et
offrant une chance plus grande de beau temps. Mai ou juin donnent
l'époque la plus propice, les nuits sont courtes et pas trop
froides, les jours ne connaissent pas encore les fortes chaleurs, le
randonneur n'est pas encore fatigué par une trop longue saison.
Donc jugeant toutes les conditions favorables et impatient de partir,
je passe
une longue journée dans le train d'Orléans à
Brest, pour
aller coucher dans une salle de bain de l’Hôtel de Paris
Jeudi 16 mai. - Je pars de Brest
à
6 heures, sous le crachin. Je sais, par expérience, que j'en ai
pour
toute la Bretagne et qu'à Brest il pleut 300 jours par an. Peu
importe,
puisque le moral est à bloc, en songeant au soleil qui m'attend,
là-bas,
à Menton. Les côtes succèdent aux côtes,
enfin
une longue descente, Landerneau, puis la route s'insinue dans le creux
d'une
vallée, Morlaix est passé sans coup férir à
9
heures. Les raidillons reprennent de plus en plus secs, la pluie
augmente,
le moral baisse et dans une longue ligne droite perdue dans la
grisaille
du ciel, j'envisage l'échec du raid. A Guingamp (11 h 30) le
temps
s'éclaircit. Je déjeune à Saint-Brieuc (13 h) :
beurre
salé, plat douteux, cidre, telle est la nourriture bretonne. Par
là-dessus,
je me trompe de route, mais je m'en aperçois au bout d'un ou
deux
kilomètres. Une longue descente, après le
vélodrome,
me donne une échappée sur la Manche aux flots de jade.
Lamballe
(14 h 30) avec un interminable rechargement. Après Broons (16
h),
se trouve une descente qui fait bien 12%. Je me souviens avec quelle
peine
je l'ai montée lors de Paris-Brest et retour, en 1931. Comme je
suis
la même route jusqu'à Laval, je ne m'ennuie pas du tout,
au
souvenir de cette épopée. Je traverse Rennes, très
animée,
en suivant les quais, à 18 h. 15. Les côtes sont finies,
le
temps est beau, je dîne d'excellent appétit à
Vitré
(20 h. à 20 h. 30). Au cours de cette randonnée je n'ai
pris
que trois repas au restaurant. Il importe toutefois d'absorber une
nourriture
chaude avant d'aborder la nuit, car de 22 heures à 7 heures on a
peu
de chance de trouver un café ouvert.
La nuit vient peu à peu, comme
à
regret, mais la clarté lunaire me permet de rouler sans
éclairage
: autant de force économisée. Un café à
Laval
(22 h. 30) et je rentre sur une route inconnue traversant les Alpes
Mancelles.
A un quart d'heure près, j'ai mis le même temps de Brest
à
Laval qu'en 1931.
Vendredi.-
J'arrive à La Flèche à 2 heures avec une heure
d'avance
sur l'horaire. C'est sans doute pour cette raison que je ne trouve pas
les
Manceaux qui devaient me faire un brin de conduite. Après avoir
cherché
un moment, je trouve enfin la bonne direction. Peu à peu le
sommeil
m'empoigne. En roulant à 10 à l'heure, je fais des
embardées
sur la route ; il me semble que je suis dans un état second,
permettant
de voir les obstacles tout en dormant. « Dès le
départ
d'un grand raid, une séparation s'établie entre le
randonneur
et le reste des hommes: il ne les entend plus, ne les voit plus, ne les
comprend
plus. Ses pensées, ses gestes, ses réflexes sont tendus
vers
un but unique: réussir. Il vit sur un autre plan, dans une
espèce
d'atmosphère étrange, un peu miraculeuse. »
A moitié endormi, j'arrive
à
Château-Lavallière, où je me trompe de chemin. Dire
que
je ne puis plus passer une nuit sur la route sans dormir et sans avoir
la
volonté de réagir. A cette allure, mon heure d'avance est
perdue,
la cadence revient avec le jour. Dommage que les Alpes Mancelles ne
soient
qu'un nom, car les côtes, m'obligeant à pousser, auraient
coupé
le sommeil. Je franchis la Loire à Tours à 6 h. 30 :
Grande
et belle Loire, je te reverrai toute petite à Roanne!
Aussitôt
après le pont, je prends la route d'Amboise, puis le G.C. 40.
offrant
le double avantage d'éviter les pavés de Tours et les
raidillons
de Bléré.
Je roule dans une région plate et opulente, le Jardin de la
France, agrémenté de nombreux châteaux historiques.
Chenonceau, 8 h. 15, casse-croûte. Je remonte la vallée du
Cher, route facile gêné seulement par un léger vent
de face. Et voici la rencontre classique des gendarmes : lorsque je
leur affirme être parti de Brest, hier matin, pour aller à
Menton, ils en oublient de demander ma plaque. Autre rencontre
classique : le goudronnage : sur dix kilomètres le liquide noir
et gluant attend le gravillon répandu à profusion par de
trop rares cantonniers. Je suis passé de justesse, car quelques
jours après, en deux autres points, j'ai navigué pendant
des kilomètres sur une épaisse couche de gravier
Une côte rompant la monotonie du
parcours,
et j'arrive à Vierzon, a 12 h. 30. Je remplis ma musette et en
route.
Au cours de cette diagonale je me suis nourri presque exclusivement de
pain,
jambon, fromage, confiture, chocolat, sucre et orange, arrosés
d'eau
sucrée ou de café pour la nuit. Le régime du repas
court
et fréquent m'a parfaitement réussi, tout en occasionnant
le
minimum de perte de temps. Au restaurant, on s'en tire avec un
arrêt
d'au moins trois quarts d'heure.
Inutile de dire que le grand air donne un appétit féroce
et lorsque l’estomac fonctionne bien, tout va.
A Bourges, 14 h. 30, je sens mon boyau avant se dégonfler; un
coup de pompe, mais 20 kilomètres plus loin, je suis
obligé de le remplacer. La route jusqu'à Saincoins est
ondulée et rappelle la Bretagne. J'aime bien les côtes,
cela forme diversion, mais lorsque la distance commence à peser,
et que le temps est lourd d'orage, je les trouve plutôt
mauvaises, d'autant plus que j'ai mal aux genoux. En effet, juste avant
le départ, j'ai fait une séance d'entraînement de
trois jours dans le Morvan, séance qui m'a mis sur les genoux,
c'est
le cas de le dire et que la pluie de Bretagne n'a pas
amélioré.
Après Saincoins (17 h.), une longue descente me fait passer
l'Allier, cependant que l'orage éclate plus au nord. A
Saint-Pierre je retrouve cette vieille connaissance de N.7, dont je
connais tous les virages et toutes les côtes et dont je vais
suivre le cours jusqu'à Menton. Après de nombreux
kilomètres en réfection, je pousse sur une route plate,
car plus vite je serai à Lapalisse, plus je me reposerai. Au
cours de cette randonnée accomplie à une allure de
cyclotouriste, c'est le seul endroit où je me suis
employé un peu. Moulins 19 h., ravitaillement, Varennes sont
passés. Deux côtes avant Saint-Gérand m'obligent
à prendre ma minima de 4 m. 60. Enfin, j'arrive à
Lapalisse à 21 h. 50. La première manche de
750 kilomètres est gagnée sans trop de fatigue, à
près
de 19 de moyenne. Avec une telle cadence, je serai peut-être
à
Menton en 80 heures.
Samedi.
-
A 4 h. 30 je suis réveillé et j'entends le doux murmure
(!)
de l'eau ruisselant dans les gouttières. Aussitôt
habillé,
je constate que la neige tombe, au mois de mai. Pour comble de bonheur,
mon
boyau arrière est à plat. Je regonfle et pars à 5
h.
30, stoïquement, sous la neige, car je dois rencontrer Lucien
Clairet,
à 7 heures, à Roanne. Au bout de quelques
kilomètres d'une rampe douce, je suis aveuglé,
gelé, transis, trempé entièrement par la neige
tombant en flocons serrés. Elle s'accumule dans mes garde-boue,
bloquant les roues, s'entasse dans le pédalier et autour des
moyeux. Elle forme maintenant une couche de cinq centimètres
dans laquelle je glisse et dérape. Et ma roue arrière est
encore à plat. Je mets en panne au Café du Sud, à
Saint-Martin, où l'on me refuse une brique chaude et le droit de
me sécher près de la cuisinière. J'envisage
nettement l'échec du
raid. A-t-on idée de partir par un temps pareil. Effectivement,
je
serais resté deux heures de plus au lit, j'aurais
évité cette dure épreuve.
A 7 h. 45, la neige s'étant
arrêtée,
je pars dans un cloaque innommable, poussé par un vent du nord,
cependant
que les collines environnantes ont revêtu leur parure hivernale.
Bientôt je trouve M. Caillot, du G.M.R., venu à ma
rencontre, malgré la neige. Nous devisons gaiement ensemble, car
c'est la première conversation que j'ai depuis Brest. Nous
arrivons à Roanne à 9 heures. Télégramme
à Lyon pour annoncer mon passage à 13 h. 30 seulement,
graissage du vélo, qui en a besoin après la neige, et
casse-croûte. A 9 h. 30 nous repartons, puis M. Caillot me quitte
à Saint-Svmphorien.
Aidé par un vent presque favorable, je monte facilement, alors
qu'à Pâques, les rafales du sud nous clouaient sur place.
Le Pin-Bouchin, point culminant de ma diagonale, est atteint à
11 heures. Un buste de Napoléon rappelle ses nombreux passages
à cet endroit. Ce grand général a compris, comme
César, que la route, permettant
le déplacement rapide des armées, est un facteur de
victoire,
non négligeable.
Une descente rapide me conduit à Tarare
pour
le ravitaillement. Une série de raidillons, bien connus, et je
suis
à Tassin à l'heure H : 13 h. 30.
Et voici M. Reiss sur son tandem. Cela fait plaisir et remonte le moral
de trouver des gens de connaissance. Pessimiste, il m'annonce un fort
vent S.-S.-O. dans la vallée du Rhône. Nous prenons le
G.C. 13 bis, bien connu des randonneurs, plus court et permettant
d'éviter les pavés de Lyon et les raidillons de
Saint-Symphorien. Le tandem «Comet» entre en action, c'est
du 40 et je suis décollé dans la roue. A cette allure
nous arrivons vite à Briguais, en même temps que
la pluie. Devant l'inclémence du temps, M. Reiss rentre à
Lyon,
après m'avoir confié un boyau extra-léger.
Quelques minutes après, un orage de
grêle
d'une rare violence me contraint à m'abriter: on ramasse les
grêlons
à la pelle. Le vent, assez gênant, ralenti mon allure. Au
passage,
je cueille quelques cerises rougissant dans les arbres. Comme Velocio,
je
passe le Rhône a Saint-Vallier. Sur la N. 7, le vent me prend de
face
et je suis lâché par le Rhodania, descendant le fleuve
à
25 à l'heure. J'ai compris et, à Tain-Tournon (18 h.), je
reprends
la N. 86. Cette route, suivant au plus près les contreforts de
l'Ardèche
est mieux abritée du vent et moins sillonnée des autos
que
la N. 7. Elle est aussi plus pittoresque et est à recommander
aux cyclotouristes descendant en Provence.
Je dîne à Cruas (20 h. 20
à
21 h.), petit village où se trouve une importante usine à
ciment.
Bien que le vent soit tombé, l'allure est peu rapide, puisque je
n'atteins
Pont-Saint-Esprit qu'à minuit. Ce village est un point
stratégique
des Grands Raids. C'est là que j'ai traversé le
Rhône
lors de Paris-Nîmes et lors de Strasbourg-Cerbère, deux
méchantes étapes accomplies à 20 de moyenne.
Aujourd'hui, la vitesse
est moindre, mais la distance est plus longue et le temps moins
favorable.
Dimanche.-
Aussitôt après le pont, un petit V.O. m'amène
à
Mondragon. Et revoici la N. 7 dans toute sa splendeur nocturne,
où
les camions, mastodontes de la route, sont rois. Le sommeil m'empoigne
à
nouveau, non sans danger sur cette route très
fréquentée. « II arrive un moment où
l'esprit s'endort, le cerveau ne réagit plus, l'abrutissement
domine les réflexes, l'homme n'est plus qu'une loque
obéissant à son instinct qui le fait se coucher comme une
bête parce qu'il n'en peut plus. » Le remède serait
la présence d'un compagnon formant diversion ou encore foncer,
pousser à fond; mais à ce moment la volonté est
absente. Toujours est-il qu'à Orange, je me couche, comme une
bête, dans un camion abandonné.
Pendant deux heures je dors, bercé par le vrombissement des
poids lourds, mais réveillé par le froid. Je monte la
côte à
pied pour me réchauffer et j'appréhende la descente
glaciale
sur Courtheron.
Au Pontet (4 h. 30), je prends un
raccourci
permettant d'éviter les pavés d'Avignon. Avec le petit
jour
le froid devient plus vif: je suis transpercé, glacé de
partout.
Oh ! douce Provence, tu n'es qu'un nom ! Et pas un seul café
ouvert
avant Lambesc. Je suis rattrapé par deux cyclistes aussi
frigorifiés
que moi. Pour nous réchauffer nous accélérons
mutuellement l'allure; hop! les voilà derrière un camion;
je les laisse
filer, sachant, par expérience, ce qu'il en coûte de
respirer
les fumées de gaz oil. La route est plate, puis commence
à
onduler avant Lambesc ( 7 h.), pays fatal à Lemal lors de
Dunkerque-Menton.
Je suis encore rattrapé par un
cycliste;
avec le soleil, la cadence est revenue et nous roulons à bonne
allure,
retardé par une crevaison intempestive; on n'a pas idée
de
partir pour un tel raid avec de vieux boyaux. Je remonte le tube
percé
à Bourges. Casse-croûte à Aix ( 8 h.). Je repars
d'autant
mieux qu'un vent ouest s'est levé et augmentera, au cours de la
journée.
Comme un plaisir ne vient jamais seul, je croise un
cyclotouriste,
venu à ma rencontre, alerté par M. Reiss. Nous ne
nous
sommes jamais vus et pourtant nous nous reconnaissons. Tout en roulant
à
bonne allure nous constatons l'excellent rendement des moyeux CAR que
nous
possédons mutuellement. Arrêt pour regonflage de mon
boyau.
Une longue descente en ligne droite nous amène à
Saint-Maximin.
A Tourves, mon compagnon me quitte pour retourner à Aubagne. Peu
après,
mon boyau étant encore dégonflé, je monte le
super-léger
à M. Reiss. Qu'ai-je fait là ? Poussé par le vent
je
m'envole, littéralement surpris par ce rendement inattendu,
poussant
en souplesse mon 7 m. 70. Le retard pris celle nuit diminue
sérieusement,
Brignoles, 10 h 45, ravitaillement; je repars en voltige, car le soleil
chauffe
dur entre les maisons. Je rattrape un camion, dont le bruit infernal me
rappelle
son passage à Orange. Nous nous livrons un duel épique:
je
le lâche dans les côtes et les descentes; il me sème
sur
le plat, car son tintamarre m'empêche de le coller. A cette
allure,
je suis à Fréjus à 13 h 30. C'est le soleil, la
mer
céruléenne aperçue à tribord, les palmiers,
les
roses, les fleurs, le Midi: allons, la vie est belle. Au milieu des
pins
maritimes, la route s'élève peu à peu. Elle
culmine
à 11 kilomètres de Fréjus, petit col atteint en 40
minutes.
C'est la plongée sur Cannes, plongée coupée par
des
contre-pentes dans un site enchanteur. J'évite les pavés
en
prenant la route du bord de mer, jusqu'au port de Cannes (15 h.)
encombré
d'une multitude de bateaux. Longeant une végétation
luxuriante,
je passe Antibes. Maintenant la plaine est aride, les autos sont aussi
nombreuses
qu'à Paris. Après le pont du Var, je prends la route du
littoral.
Horreur, le vent vient de tourner à l'est. Dans les rues de Nice
(16
h. 30), abrité par les maisons, je me rends chez M. Barnols,
cyclotouriste
à l'accueil légendaire, hélas, absent en ce
dimanche.
Je redescends sur la Promenade des Anglais,
noire
de monde, lorsque je vois un cycliste réglant son guidon, et
quel
cycliste: Griffon, que je croyais à cent lieues de là. Je
n'ai
aucune peine à l'emmener à Menton, pour le contrôle
final.
Mais la forme n'y est plus, car il arrive de Corse, le vent souffle de
face,
les côtes succèdent aux côtes, nous nous
égarons
dans Monte-Carlo. Une dernière côte, une longue descente
et
voici enfin Menton à 18 h. 30.
Menton, espoir suprême et suprême pensé, pour
laquelle j'ai affronté et vaincu les éléments et
à laquelle je pense depuis 1.400 kilomètres, depuis 84 h.
30.
Une heure de repos et retour à Nice, en attendant le retour dans
mes pénates par la route Napoléon, soit encore 875
kilomètres. C'est dire que celte diagonale ne m'a nullement
fatigué. Cela tient à la perfection, au confort, à
la rigidité et à l'exceptionnel rendement de ma monture :
cadre Reyhand en tubes Reynold's H.M. Tous les accessoires en dural,
roulements CAR. Et toujours un Cyclo-Tank, 4 vitesses, le roi des
dérailleurs. C'est ce qui me fait dire qu'avec une telle machine
et de tels roulements je n'ai plus aucun mérite à
faire ce que je viens d'accomplir.
Que MM. Reiss, Ripet et Raimond trouvent ici
tous
mes remerciements, ainsi que les trop rares camarades rencontrés
en
cours de route.
Celle machine, un prototype de 10 kg 500, compte actuellement 5.000
kilomètres, sans le moindre ennui. Qui donc disait que le dural
ne tenait pas le coup ?
Peut-on faire mieux ? Un randonneur, bien entraîné, avec
vent et temps favorable, sur une bonne machine, fera 70 heures, soit 20
de moyenne.
Nous sommes encore loin des 57 heures
d'Opperman
sur les 1.350 kilomètres de la diagonale anglaise, mais on
oublie
que ce dernier est un coureur professionnel qui a le temps de
s'entraîner,
qui est soigné, encouragé par une voilure lui passant
nourriture,
boisson, vêtements, roues et dont la présence constitue un
encouragement
physique et moral. Lorsqu'un randonneur français partira dans
les
mêmes conditions, il fera Brest-Menton en 60 heures. Moins on
reste
longtemps en selle, plus on va vite; cela ne fait plus que deux nuits
sur
la route, que l'on peut passer sans dormir.
Qui le premier, partira à la
conquête
du record de la plus longue route de France ?
Louis COINTEPAS, 4-6-35.
Commentaires
de Philippe MARRE
Voici, à titre documentaire, quelques
renseignements sur le parcours de Brest à Menton.
La ligne droite, idéale,
tracée
entre ces deux points extrêmes, passe par Redon, Ancenis,
Thouars,
Guéret, le Puy-de-Dôme, Royat, Bas-en-Basset, Lalouvesc,
Valence,
Die, Guillaumes et le col de Braus. Elle mesure, à vol d'oiseau,
environ
1050 kilomètres. La route qui se rapproche le plus de ce trajet
idéal
passe par Quimper, Vannes, Nantes, Poitiers, Aubusson, Issoire, le Puy,
Valence,
Die, Gap, Barcelonnette, les cols de Pelouse, de Saint-Martin et de
Turini.
Au total : 1383 kilomètres.
Ce n'est cependant pas la route la plus
courte.
Celle-ci contourne par le nord le Massif Central et traverse les Alpes
de
Lyon à Menton, par Grenoble et Barcelonnette. Voici le
détail
de ce parcours qui n'est très accidenté que sur les 300
derniers
kilomètre :
Brest
.................……………0.
Carhaix (N. 164) ........... 88
Loudéac .................….. 156
Rennes ..................….. 243
Lavai ...................……… 314
La Flèche (N.159)........... 382
Tours ....................……. 452
Vierzon (N..76) ............. 568
Bourges ..................….. 602
Moulins ..................…… 700
Roanne (N. 7) ...........… 793
Lyon ...................……… 881
Bourgoin (N. 0)............. .. 921
Voiron (N. 520) ..........… 962
Grenoble (N. 85) ........... 986
Vizille (G.C. 5) ..........…. 1002
La Batie-Neuve ............. 1091
Barcelonnette ........…..... 1143
Col de Pelouse ........….. 1171
Pont de la Mescla ......….1239
Nice (N. 202-7) .........…. 1276
Menton .................…….. 1304
La variante qui consiste, au delà de
Lyon
(Tassin) à éviter les Alpes en passant par Valence,
Orange,
Aix, Brignoles, Fréjus et Cannes, comporte environ 100
kilomètres
de plus. C'est la route qui fut suivie, en 1930, par Grillot-Coiffier
et
cette année par Cointepas.
La roule de Brest à Tours par
Quimper,
Vannes, Nantes et Angers est plus longue d'environ 50
kilomètres.
Elle fut suivie en 1930 par Grillot-Coiffier
Phillipe MARRE, Juin 1935
Mis à
jour le 25/10/2004
